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Tout ça, pour ça !

Bientôt deux ans. L’anniversaire du coup d’État du 26 juillet 2023, semble poser tant de questionnements. Car, le Niger s’enfonce dans une zone d’incertitude politique, d’impasses démocratiques, sécuritaires et de tensions sociales croissantes.

Loin des promesses de refondation nationale et de souveraineté retrouvée, la transition semble reproduire les travers du passé.

Je m’ interroge sur la finalité réelle du processus en cours et alerte sur les risques d’une désillusion collective.

Il fallait donc tout cela — un coup d’État, la suspension de la Constitution, la dissolution des partis politiques, la mise à l’écart des contre-pouvoirs, la répression des voix dissidentes, les exils forcés et l’asphyxie de l’espace démocratique — pour en arriver là ?
Tout ça, pour ça !

On nous avait promis la refondation du Niger, un retour à la souveraineté, une rupture franche avec les logiques anciennes, une justice réinventée au service du peuple.

On a applaudi, espéré, soutenu parfois, au nom de cette ambition. On a accepté de taire nos doutes, de suspendre notre jugement, d’attendre les fruits de la transition annoncée. Mais aujourd’hui, que reste-t-il de cet élan ? Où sont les marqueurs tangibles de ce renouveau tant vanté ?

Les mois passent, et l’enthousiasme cède la place à la perplexité, puis à l’amertume. La parole publique est verrouillée.

Les intellectuels sont muselés. Les médias, sous surveillance. Les opposants, réduits au silence ou contraints à l’exil. Les syndicats indépendants, criminalisés.

La méfiance s’installe, les fractures se creusent, et l’insécurité s’aggrave. L’économie, déjà fragile, vacille. La diplomatie, jadis active, se referme.

Tout ça, pour ça ?

Ce n’est pas l’idéal de souveraineté qui est en cause. Le Niger a, en effet, le droit de reprendre en main son destin, de se libérer des dépendances toxiques, de repenser ses alliances.

Mais il ne peut le faire en reproduisant les méthodes qu’il prétendait combattre. Une souveraineté qui ne s’accompagne ni de justice, ni de vérité, ni de respect des libertés fondamentales n’est qu’une illusion de puissance, un masque de fer sur un visage de détresse.

Et le peuple nigérien, dans sa lucidité et sa dignité, ne s’y trompe pas. Il sait reconnaître les impostures. Il sait que la refondation ne se décrète pas par la force, mais se construit dans le dialogue, la transparence, l’éthique et la vision.

Alors oui, « Tout ça, pour ça ! », mais ce cri de désillusion pourrait bien devenir, demain, un acte de résistance. Car le Niger ne se résume pas à ses dirigeants. Il est plus grand que ses crises, plus fort que ses trahisons. Il finira par retrouver son cap. À condition que ceux qui prétendent parler en son nom se montrent dignes de sa confiance.

Salou Gobi
Publié le 21/05/202

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